
Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011
Le Sine Saloum
Plus de 200 îles, des kilomètres de mangrove et des villages de pêcheurs, à l’endroit où le Sine et le Saloum rejoignent l’Atlantique. Voici ce qu’il faut savoir avant d’embarquer.
Au cœur du Sénégal, entre la Petite-Côte au nord et la Gambie au sud, le delta du Saloum couvre environ 180 000 hectares. Il s’étire sur 72 kilomètres de côte et s’enfonce à 35 kilomètres dans les terres. C’est l’un des plus beaux espaces naturels d’Afrique de l’Ouest, et l’un des mieux protégés.
Un delta où la mer remonte
Le delta naît de la rencontre de deux fleuves, le Sine et le Saloum. Leur débit est si faible que c’est la mer qui remonte loin dans les terres, au rythme des marées. Eau douce et eau salée se mêlent dans un réseau de chenaux que l’on appelle ici les bolongs.
Entre ces bras de mer : des vasières couvertes de mangrove, des îles et des cordons de sable, des tannes (étendues de terre salée où rien ne pousse), puis la savane boisée, ses baobabs, ses rôniers et ses fromagers. Les paysages changent à chaque méandre.


Cinquante ans de protection
Le Sine Saloum cumule presque toutes les protections qu’un site naturel peut recevoir. Les grandes dates :
- 1976 : création du parc national du Delta du Saloum (décret du 28 mai 1976). Avec 76 000 hectares, c’est le deuxième parc du Sénégal après celui du Niokolo-Koba.
- 1980 : le delta devient réserve de biosphère de l’UNESCO, un statut qui concilie protection de la nature et activités humaines.
- 1984 : il est inscrit comme zone humide d’importance internationale au titre de la convention de Ramsar (site n° 288).
- 2004 : naissance de l’aire marine protégée de Bamboung, 7 000 hectares près de Toubacouta. C’est la première aire marine protégée communautaire du Sénégal : quatorze villages de pêcheurs ont participé à sa création.
- 2011 : 145 811 hectares du delta sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, comme paysage culturel.

200+
îles et îlots
114
espèces de poissons dans le parc national
218
amas de coquillages laissés par les anciens habitants
La mangrove, nurserie du delta
La mangrove est une forêt les pieds dans l’eau. Ses arbres, les palétuviers, supportent le sel et s’accrochent à la vase grâce à leurs racines en arceaux. Sous ce lacis de racines, les jeunes poissons, crevettes et crabes trouvent abri et nourriture : la mangrove est la nurserie de tout le delta. Les huîtres s’y fixent directement sur les racines, et les femmes des villages les récoltent à marée basse.
Cette forêt est fragile. Les sécheresses des dernières décennies et la remontée du sel l’ont fait reculer par endroits. Les villages replantent des palétuviers, développent l’apiculture et l’élevage d’huîtres pour vivre de la mangrove sans l’épuiser. En pirogue, on la découvre au plus près, sans l’abîmer.


Le paradis des oiseaux
Les îles du delta comptent parmi les principaux sites de reproduction de la sterne royale au monde. On y croise aussi le pélican gris, le héron goliath, le goéland railleur, la mouette à tête grise, la sterne caspienne, l’aigrette à gorge blanche, les flamants, les spatules, sans oublier les cormorans et les guêpiers.
Pendant l’hiver européen, des milliers d’oiseaux migrateurs (barges, avocettes, courlis, bécasseaux) viennent s’y reposer. Le spectacle le plus saisissant reste le reposoir au coucher du soleil, quand des centaines d’oiseaux se posent ensemble pour la nuit : nos excursions sont organisées pour vous y emmener.



Sous l’eau et dans la brousse
Le parc national abrite 114 espèces de poissons, ce qui en fait l’une des plus riches zones du pays. Tortues vertes, lamantins et dauphins viennent s’y reproduire. Sur la terre ferme, les mammifères sont plus discrets : phacochères, singes patas et colobes bais, guibs harnachés, et la nuit, les hyènes tachetées et les chacals que l’on entend depuis les bivouacs.
Pourquoi l’UNESCO
Des collines de coquillages
Le delta n’est pas inscrit au patrimoine mondial seulement pour sa nature, mais pour ce que les hommes y ont laissé. Pendant des siècles, ses habitants ont pêché et ramassé des coquillages, puis accumulé les coquilles en 218 amas, dont certains s’étendent sur plusieurs centaines de mètres.
Sur 28 de ces amas, on a retrouvé des tumulus funéraires et des objets remarquables, précieux pour comprendre l’histoire des peuples côtiers d’Afrique de l’Ouest. Certains de ces amas sont devenus de véritables îles, couvertes de baobabs. Nos bivouacs passent par Dioroum Bou Mag, l’île de coquillages.

Les gens du fleuve
Les îles sont surtout peuplées de Sérères niominka, un peuple de pêcheurs et de navigateurs. La pêche reste la première activité : on part en pirogue au petit matin, on revient avec le poisson que l’on vend, fume ou fait sécher au soleil sur de grandes claies. Les femmes ramassent huîtres et coquillages, exploitent le sel, et les chantiers comme celui de Fambine continuent de construire des pirogues à la main.
Ici, chrétiens, musulmans et animistes vivent ensemble depuis toujours et partagent les grands moments : mariages, baptêmes, cérémonies et tournois de lutte traditionnelle. Le village de Mar Lodj, tout proche de Ndangane, en est le plus bel exemple.



Ndangane, le port d’embarquement
En sérère, Ndangane signifie « le havre », « le port d’embarquement ». Le nom dit tout : ce village de pêcheurs de la commune de Fimela, à environ 160 kilomètres au sud de Dakar, est posé au bord d’un bolong du Saloum, face aux îles. On y trouve deux quartiers principaux, le village d’origine des pêcheurs, Ndangane-Sambou, et Ndangane-Campement, d’où partent les pirogues.
C’est de là que part Obinomag. En quelques minutes de navigation, vous êtes au milieu de la mangrove, avec Mar Lodj, l’île aux Oiseaux et Fossemou à portée de pirogue.


Bien préparer sa visite
- La meilleure saison : la saison sèche, de novembre à juin. C’est aussi la période des oiseaux migrateurs et des combats de lutte traditionnelle. Pendant l’hivernage, de juillet à octobre, il pleut et il fait plus chaud, mais le delta est très vert.
- Dans le sac : chapeau, crème solaire, lunettes de soleil, maillot, sandales qui vont dans l’eau, jumelles pour les oiseaux, et un coupe-vent pour le retour en pirogue en fin de journée.
- Dans les villages : demandez toujours avant de photographier quelqu’un, et laissez-vous guider par Ndane pour saluer et entrer dans les concessions.
- Pour la mangrove : on ne cueille rien, on ne laisse rien. Les déchets reviennent avec nous à Ndangane.

Les chiffres de cette page viennent de l’UNESCO, de la convention de Ramsar et des autorités sénégalaises. Toutes les références et les auteurs des photos sont sur la page Sources et crédits photos.